Des mouvements de jeunes luttent pour protéger l’environnement en Palestine

La protection de l’environnement est une thématique globale qui fait se lever des millions de jeunes à travers le monde. En Palestine aussi, les mouvements de jeunes ont décidé de s’organiser et de se mobiliser aux côtés de nombreux autres acteurs et actrices de la société civile palestinienne pour lutter contre la destruction de leur environnement.

Une vallée appauvrie

En 2018, les eaux usées de la municipalité de Betunia et Ramallah se déversaient encore dans le fleuve qui traverse la vallée de Garut et approvisionne plusieurs villages. A cause de ces eaux usées, le fleuve est rapidement devenu insalubre. Les fermiers n’étaient plus capables d’utiliser l’eau pour leurs champs ou leurs bêtes tandis que les familles ne pouvaient plus se détendre le long du fleuve les vendredi d’été. L’odeur était devenue pestilentielle et il y avait une crainte de pollution des nappes phréatiques sur le long terme. Sans parler des effets néfastes sur la santé des populations qui s’y rendaient.

 

Face à ce constat, Bisan, partenaire de Viva Salud, et des mouvements de jeunes ont décidé de mettre en place la campagne « Protect Garut Valley from Waste Water » (Protégez la vallée de Garut des eaux usées) et forcer les autorités compétentes à appliquer une solution durable.

 

L’empowerment comme stratégie d’action : sensibiliser, organiser et mobiliser

Bisan a accompagné les mouvements de jeunes tout le long de la campagne mais en laissant assez d’espace pour qu’ils soient les meneurs. Ainsi, à travers une formation et un accompagnement continu, Bisan a renforcé les leaders de jeunes dans leurs capacités de leadership et mobilisation sociale.

 

Avec le soutien de Bisan, les organisations, centres et mouvements de jeunes ont mis en place un plan d’action. Capitalisant sur les connaissances et expertises acquises à travers les formations qu’ils avaient reçues, ils ont créé plusieurs outils de communication accessibles: page Facebook, flyers de sensibilisation, vidéos d’explication, articles de presse et prise de position.

 

Grâce à leur ancrage au sein des communautés et du réseau de Bisan, les mouvements de jeunes ont été à la rencontre des différents acteurs touchés par la contamination du fleuve de la vallée de Garut : fermiers, syndicats, associations communautaires, familles, journalistes, responsables politiques locaux et nationaux. Ensemble, ils ont mobilisé les communautés et mis en place diverses activités pour pousser les ministères compétents à se pencher sur ce dossier (de la santé, de gouvernance locale, de l’agriculture, de la qualité de l’environnement, de l’eau, et des deux municipalités concernées).

 

Ils ont par la suite cherché à rendre visible la campagne en faisant des vidéos, en distribuant des flyers dans les écoles et les villages, en appelant la presse et en faisant des sit-in dehors lorsque les ministères concernés tenaient une réunion sur la question. Après presque un an de campagne, ils ont obtenu une victoire : les eaux usées ont été déviées et une offre publique a été lancée pour la construction d’une station d’épuration d’eau.

 

A travers cette expérience, les partenaires et les organisations, centres et mouvements de jeunes se sont rendus compte qu’il est possible d’obtenir des changements concrets et durables pour leurs communautés. De plus, célébrer les victoires est important dans un tel contexte et il faut par la suite prendre le temps de bien documenter ces victoires pour partager les leçons apprises et les bonnes pratiques.

Gaza : Des jeunes en action pour de l’eau propre dans leur communauté

La combinaison des inondations hivernales et des pénuries chroniques d’eau potable tout au long de l’année pousse les jeunes de Gaza en action. Ils ne se laissent pas décourager et se mobilisent aux côtés de la population de leur quartier.

En hiver, il y a souvent de fortes précipitations dans la bande de Gaza ce qui conduit souvent à des inondations dans les rues de certains quartiers. A cela s’ajoute une pénurie d’eau potable en raison de la haute pollution des eaux souterraines et du manque d’infrastructures fonctionnelles pour produire de l’eau potable. Dans les deux cas, le blocus qu’Israël impose à la bande de Gaza (avec la complicité de l’Egypte) depuis 12 ans est en grande partie responsable.

 

Des jeunes de Gaza mènent une campagne dans leur quartier avec la devise « Une citerne propre pour une eau propre »

 

Après les fortes pluies de 2018, des jeunes engagés auprès du partenaire de Viva Salud Union of Health Work Committees se sont mobilisés afin de demander aux autorités de nettoyer les rues et mettre en place des solutions durables et ainsi éviter de futures inondations. Grâce à leur motivation et les dialogues qu’ils ont mené avec les autorités compétentes, les jeunes ont réussi à faire bouger les choses ! Les autorités ont drainé l’eau avec le soutien des jeunes et des habitants du quartier. Ils ont ensuite mis en place un système de récupération de l’eau de pluie afin que celle-ci soit redirigée vers les terres agricoles et puissent servir aux fermiers en période de sécheresse.

Ce n’est pas tout. Les jeunes ont mené une campagne de sensibilisation « Une citerne propre pour une eau propre » qui avait pour but de pousser les familles à bien nettoyer leurs citernes pour que l’eau qui y est stockée ne devienne pas sale et dangereuse pour la santé. Pour s’assurer du suivi de la campagne et de la qualité de l’eau dans le quartier, les jeunes ont créé une page Facebook avec les habitants des communautés. Cette page est très active et leur permet d’échanger sur les problèmes rencontrés dans le quartier et de trouver des solutions tous ensemble.

Lutter contre la division imposée par l’occupation

Le peuple palestinien vit sous occupation israélienne depuis plusieurs décennies. Les politiques d’apartheid mises en place par Israël ont profondément marqué le mouvement social palestinien et ont entraîné énormément de division politique, sociale, géographique et religieuse en son sein. Or, plus que jamais, le peuple palestinien a besoin d’unité pour lutter pour le respect de son droit à l’auto-détermination. 

L’accès aux soins de santé, partout et pour toutes

En 2019, le réseau de jeunes pour le droit à la santé a décidé de mettre en place une mobilisation de tous ses membres lors de la journée internationale de la jeunesse. En groupes, ils se sont rendus à 3 points de passage pour demander le respect de l’accès aux soins de santé pour tou.te.s les Palestinien.nes. Ceux et celles de la bande de Gaza qui voient leurs permis de sortie pour se soigner diminuer drastiquement depuis plusieurs années. Ceux et celles de Cisjordanie qui font face à des nombreux obstacles sur leur route pour atteindre un centre de santé ou un hôpital. Ceux et celles de Jérusalem-Est dont l’accès aux soins est conditionné par le permis de résidence et le suivi des lois israéliennes.

 

Au-delà d’une simple activité ayant lieu le même jour, à la même heure avec un message unifié, les organisations, centres et mouvements de jeunes ont démontré leur capacité de dépasser la division géographique et de lutter ensemble depuis Gaza, Jérusalem-Est et la Cisjordanie pour le droit à la santé. Ils ont ainsi pu échanger sur leurs réalités et échanger des bonnes pratiques de mobilisation sociale pour arriver à clamer un message unifié.

Cette activité rentre dans un plan plus large de plaidoyer des partenaires concernant le renforcement d’un système de santé public fort en Palestine.

 

Un camp d’été pour mieux se rencontrer

En Palestine, l’été est synonyme de rencontres chez les mouvements de jeunes.  Aux côtés de Bisan et Health Work Committees (HWC), les partenaires palestiniens de Viva Salud, ils organisent chaque année un camp réunissant une centaine de jeunes.

 

« Ce camps d’été était génial! J’ai rencontré beaucoup de jeunes de pleins d’horizons différents. Au-delà des formations et de ce que j’ai appris, il y a aussi eu des moments de rassemblement, de rire, de musique et d’émotions » – Leïla, membre d’un mouvement de jeunes de l’université de Birzeit.

 

Au programme : des rencontres, des formations sur le leadership, une meilleure connaissance de leurs droits socio-économiques et des déterminants sociaux de la santé et enfin, une opportunité de réfléchir à comment mieux s’organiser. Il y a aussi eu des moments de détente autour de musiques arabes, de cours de Dabkeh (danse nationale palestinienne) et de repas collectifs.

 

Ainsi, grâce à ce camps d’été, les leaders de mouvements de jeunes palestiniens ont une meilleure connaissance de leurs droits et de comment les défendre. Faire rencontrer des leaders de plusieurs régions de la Palestine a également pour but de créer du lien et poser les bases d’une collaboration nationale plus forte dans le futur. En effet, beaucoup d’entre eux ne se rencontreraient jamais. Israël empêche les habitantes de Cisjordanie de se rendre à Jérusalem, hormis quelques exceptions. Leurs contextes sont complètement différents et les types d’oppression auxquels ils font face également. Ce camp d’été est une occasion pour ces leaders de jeunes d’apprendre à se connaître, à comprendre les environnements de chacun.e.s et renforcer leur sentiment d’identité palestinienne.

 

Nous sommes convaincus qu’un mouvement social palestinien fort, uni et incluant toutes les couches sociales, les genres et les différentes générations, est un mouvement qui peut faire basculer les relations de pouvoir du côté de la justice sociale et en faveur des segments les plus vulnérables de la société palestinienne.

Inès, actrice de changement au sein de la jeunesse palestinienne

Voici le témoignage d’Inès qui démontre combien devenir acteur de changement, s’investir au sein d’un mouvement et être reconnue au sein du mouvement social est important pour la jeunesse palestinienne.

Je m’appelle Inès et j’ai 19 ans. Je suis étudiante à l’université de Birzeit en économie et je suis également membre d’un mouvement d’étudiants de mon université.

 

Je viens d’une famille engagée, ma grande sœur Lama par exemple est animatrice de « Radio No Frequency » qui fait des satyres politiques radiophonique sur la Palestine. Elle a déjà voyagé plusieurs fois en Europe dont en Belgique pour sensibiliser le public européen aux réalités de l’occupation. Avec elle comme exemple, j’ai décidé de m’engager et d’œuvrer pour la libération nationale.

 

J’ai suivi plusieurs formations et participé à plusieurs activités de volontariat organisées par l’ONG Bisan. J’ai ainsi appris à mieux m’exprimer en public, à tenir des réunions, à faire une cartographie des problèmes auxquels les jeunes sont confrontés dans mon environnement proche et à les mobiliser pour trouver des solutions.

 

En novembre 2018, Yasmine de Bisan m’a proposé de participer à l’Assemblée générale du Mouvement Populaire pour la Santé à Dakha, au Bangladesh. C’est une formidable opportunité pour une jeune étudiante comme moi mais cela m’a aussi rendu fière de moi.

 

Yasmine m’a demandé de présenter un atelier sur les conditions de santé des prisonniers politiques palestiniens. Ce thème est important pour moi car je connais beaucoup de jeunes qui sont détenus en prison administrative, certains depuis plusieurs années. Pendant l’atelier, je me suis rendue compte que beaucoup de personnes sont solidaires avec la Palestine et qu’ils veulent savoir comment soutenir notre droit à l’auto-détermination depuis chez eux.

 

Au final, mon engagement dans mon mouvement et ma présentation à Dakha m’ont fait réaliser qu’en tant que jeunes, nous avons un énorme potentiel pour amener le changement en Palestine. Pour ma part, je me sens prête !

Palestine : lutte pour une assurance santé pour tous

La situation sanitaire des Palestiniens est fortement impactée par l’occupation militaire israélienne. Il existe cependant des choix que l’Autorité Palestinienne peut faire pour améliorer le système sanitaire.

Dépendant des soins de santé israéliens

L’accès aux services de santé est limité à cause de problèmes aux checkpoints, ou parce qu’il est interdit de construire des hôpitaux dans certaines régions. L’accès aux médicaments de base et à l’équipement médical est limité parce qu’Israël en complique ou en retient l’importation.

De ce fait, de nombreux Palestiniens dépendent des soins de santé israéliens pour certains traitements mais ne reçoivent pas toujours les autorisations de déplacement nécessaires (à Gaza, 39% des demandes ont été refusées en 2018, 18% l’ont été en Cisjordanie).

 

Enquêtes nationales

Il existe cependant des choix que l’Autorité Palestinienne peut faire pour améliorer le système sanitaire. C’est pour cela que les partenaires palestiniens de Viva Salud ont organisé en 2019 une vaste enquête sur l’assurance santé nationale pour déterminer si celle-ci répond aux standards internationaux et dans quelle mesure les Palestiniens en bénéficient et sont satisfaits des soins de santé publics.

Bisan, qui soutient les mouvements de jeunes, a participé à l’enquête. Ils ont organisé des discussions en groupes avec des jeunes dans cinq villes.

 

Travailler à des soins de santé publics accessibles et de qualité

Les résultats de l’enquête ont montré que plus de 60% des Palestiniens ont une assurance santé nationale mais que la moitié d’entre eux ne veulent pas la prolonger en raison de son coût. Plus de la moitié des Palestiniens bénéficiant de ce genre d’assurance vont dans des hôpitaux privés et trois quarts chez des médecins privés, même si ceux-ci sont plus chers. Cela montre qu’il y a encore du pain sur la planche pour ce qui est d’améliorer l’accessibilité et la qualité des soins de santé publics.